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Lors d’un voyage au Maroc, il y a déjà plusieurs années, j’ai senti ce que voulait dire avoir une faim. Une faim réelle. Sans nous être renseignés, naïfs que nous étions, tout notre périple se déroulait en plein Ramadan. Au cours de ce mois, les musulmans adultes, ne boivent pas, ne mangent pas et s’abstiennent d’avoir des relations sexuelles,  du lever au coucher du soleil. Nous avions prévu des journées assez rudes avec quelques randonnées dans l’arrière-pays. Évidemment, le soir nous faisions bombance en mangeant tout notre saoul. Au fur et à mesure de notre éloignement des grands centres, il devenait de plus en plus difficile de trouver de la nourriture durant le jour. Toutes les échoppes étant closes pour respecter le Ramadan. Lors d’une excursion particulièrement éprouvante que nous avions dû terminer en char à boeufs, assoiffés et affamés, un enfant nous offrit un plein panier de fruits saisonniers : des limes. J’en goûtai une avec appréhension. Elle était si délicieuse que je me vis transportée au paradis terrestre. La faim avait transformé ce fruit acide en un divin nectar. Depuis ce temps, si j’ai une fringale, je me demande si j’ai envie de mordre dans une pomme ou dans un poivron. Si la réponse est non, je sais que ma faim es fausse. Elle cache d’autres besoins.
Notre relation à la nourriture fournit des indices sur notre façon de vivre. La recherche de réconfort va souvent de pair avec la prudence dans l’ingestion d’un nouvel aliment ou le refus de tout ce qui est inhabituel. À l’autre extrémité, nous avons des personnes qui usent de leur créativité pour imaginer des plats, rechercher des combinaisons inédites ou découvrir de nouvelles saveurs. De la part d’un grand chef ou d’une mère de famille, l’invention d’un mets constitue un acte de créativité sous la bannière de la liberté.

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