Ma maison et moi

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neigeMa maison me protège. Je l’habite depuis plusieurs décennies. Elle  est modeste. Elle fait partie d’un lot d’habitations construites par le gouvernement pour les vétérans de la dernière grande guerre. Elle a un étage et demi. Pas vraiment sur la coche. Comme moi. Avec  l’aide des amis et des personnes avec qui je l’ai partagée, nous l’avons retapée. Je lui ai souvent faussé compagnie à cause de mon travail et de mes nombreux voyages. Elle ne paie pas de mine  mais son intérieur me convient et me ressemble. J’ai dû me battre pour conserver l’intégralité de son terrain de même que pour conserver ma santé. Elle besoin d’un entretien minimal autant que constant.

Récemment, j’ai été maintenue en convalescence chez moi, chez elle. J’avais perdu confiance en mon corps et vécu beaucoup de tristesse en devant renoncer définitivement à tous mes  sports préférés. Ce matin, de la fenêtre donnant sur mon jardin d’hiver, je regardais la neige  tomber.  J’ai revécu la même sensation admirative   que du haut de la montagne avant de dévaler une piste de ski. Sentiment à la fois de finitude et de complétude  propre à l’état contemplatif. Un instant hors du temps.  Ma maison est toujours debout et moi je suis encore vivante.

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Voleurs de vie

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sablierNous avons un projet à développer, une tâche à accomplir ou une oeuvre à créer et nous n’y arrivons pas. La plupart d’entre nous connaissons la frustration et l’impatience dues aux interruptions venues de l’extérieur : courriels et appels téléphoniques inutiles, visiteurs inattendus, files d’attente,  piles de paperasse, difficultés de trouver un moment de rencontre, bris de matériel et le reste. Il existe une myriade d’ateliers et de livres sur le sujet.

Je me situe sur un plan plus personnel. Je veux parler des chronophages internes qui fêlent notre attention et fendent notre concentration. Ils sont sournois et furtifs. On ne peut en parler sans mettre en lumière le temps qu’ils nous volent. Je vous en présente quelques-uns. La fatigue couplée avec l’agitation quotidienne peut entraîner un surcroît de stress. On connait les dégâts du stress. La résistance au changement : la personne maintien le statu quo même si des outils facilement accessibles existent pouvant l’aider à maintenir le focus. Souvent, une lecture en diagonale des informations, ou pas de lecture du tout, nous amène dans un cul-de-sac qui nous éloigne de notre première intention. La difficulté à prendre une décision s’avère un important facteur de fatigue décisionnelle. J’ajoute que le pire chronophage interne se cache sous l’habit du perfectionnisme. Cette accumulation de détails à constamment vérifier interrompt le déroulement naturel d’un accomplissement se voulant plaisant.

Rappelons-nous aussi que la paresse volontaire constitue un immense plaisir…

Le hasard thérapeutique

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luciditéLa fonction la plus fascinante du hasard est de nous guérir de la fatigue d’être soi. Lancer une pièce de monnaie pour jouer à pile ou face est une façon bien connue de se libérer du poids d’une décision à choix binaire difficile à prendre. Tous les jeux de hasard, collectifs ou solitaires, nous apportent de ces moments délicieux qui libèrent notre cerveau de l’effort volontaire de choisir. Je vous propose une petite expérience qui relève de ce qui faisait la joie des années 50 : partir sur un nowhere. Nous laissons au hasard l’itinéraire du voyage. Promenade de quelques heures à pied ou tour du monde. Attention, il faut d’abord faire ce choix et s’y tenir. Équipement nécessaire : une pièce de monnaie ou un dé à jouer. Très bonne pratique de l’abandon.

  1. sortir de la maison
  2. lancer la pièce
  3. pile : tourner à gauche ; face : tourner à droite
  4. à chaque carrefour, lancer la pièce
  5. inventer une variante avec un dé lorsque qu’il y a plus de 2 directions

Vous vivrez l’excitation de la nouveauté et l’attrait de la surprise. En jouant, j’ai découvert des lieux inconnus dans ma ville !

Espérance de vie

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sablierEntre vivre comme si nous allions mourir demain et vivre comme si nous étions éternels, il existe un entre-deux. C’est imaginer que nous allons vivre encore cent ou deux cents ans. Cela change notre comportement. Commencer une tâche dont les résultats se verront seulement dans une décennie ne nous rebute plus. Les petites corvées n’en sont plus lorsque nous prenons le temps de savourer chaque instant par notre présence au monde. On s’arrange pour faire ce qu’on aime le plus souvent possible. La quête d’une paix intérieure se transforme en accueil lorsqu’on s’adonne de plus en plus à ce qu’on aime. Comme disait le Comte de Bussy : « Quand on n’a pas ce que l’on aime, il faut aimer ce que l’on a ». Notre continuelle recherche de sens s’en trouve comblée.

Météo

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météoVoyant la fin proche et les larmes inutiles, les habitants décident de fusionner avec la puissante beauté de leur planète jusqu’à la catastrophe ultime.

Bulletin météo pour les 14 derniers jours

  1. aucun souffle de vent sous un ciel lugubre
  2. nuages phosphorescents
  3. ciel inscrutable
  4. temps d’humeur chagrine
  5. magnifiques traînées de condensation aplaties
  6. spectacle d’éclairs émeraude et rubis suivi d’une impression de désolation
  7. joyeuse pluie de météorites
  8. crépuscule mystérieux
  9. jets de vapeur stupéfiants jaillissant des océans
  10. effet der serre durable
  11. nuages ridicules, rides et ridules
  12. dentelle de nuages iridescents flottant sur une mer d’angoisse
  13. fine couche de poussière incandescente
  14. fournaise mortelle

Tous les êtres vivant de cette planète se sont transformés en poussière d’étoiles.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Avarice : nouvelle vertu ?

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avareÀ part de vouloir vivre pour compter ses sous, ce qui va de pair avec une dureté du coeur pour tout ce qui ne rapporte pas d’argent, l’avare est un modèle écologique. En effet, il vit scrupuleusement selon le principe des 4R : récupération, recyclage, réduction et réemploi. Séraphin Poudrier, personnage archétypique du Québec ancien pour qui un bout de ficelle est soigneusement mis de côté afin de servir de nouveau et pour qui un lacet de bottine est réparé, ne fait aucun achat sans absolue nécessité. On exècre l’usurier mais on reconnaît l’homme qui est économe et prévoyant. Ce personnage fictif est à l’opposé des gens de notre époque i.e. qu’il sait gérer un budget comme maire de sa ville. Il abhorre les dettes et le crédit. Il louange le travail. Notre ère est celle des communications, des loisirs et des sports. Et j’ajouterais, celle de l’endettement économique et environnemental. Notre société tourne autour de ce que nous achetons ou possédons, des loisirs auxquels nous nous adonnons, du nombre d’amis virtuels que nous avons et de notre apparence. Toujours plus. Je veux tout chante Ariane Moffatt. Chaque jour, nous vidons notre planète de ses ressources. Nous oublions qu’elles sont limitées. Nous vivons sous le dogme de la croissance illimitée. Dans cette optique, l’avarice, avec son principe des 4R, est une vertu.

Envol

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l'envolAprès presque 2 ans de convalescence, de perte d’énergie et de procrastination obsessive, je me sens prête à prendre mon envol. Ce qui m’apparaissait comme une perte de temps a été l’occasion d’un changement pour ne pas dire un chambardement dans ma vie. Les derniers mois ont été entrecoupés de périodes insomniaques peuplés de rêves nocturnes d’impuissance et de chute, parfois cauchemardesques.
J’ai commencé à jeter du lest. Étant donné notre position verticale, la gravité terrestre est un facteur que nous devons sans cesse combattre si nous voulons garder l’équilibre. Un de mes problèmes, à cause d’un accident, est justement l’équilibre. J’ai donc décidé de m’y attaquer en priorité. Ce travail physique sur mes os a déteint sur le plan social, émotif et psychologique.
En observant la façon dont fonctionne mon corps, je suis plus en mesure de connaître ses besoins. Malgré la faiblesse de ma cheville, mes mouvements sont plus fluides et engendrent moins de douleur. Particulièrement pour la marche. Se centrer sur les besoins du corps devient un entraînement pour se connaître soi-même. À mesure qu’on apprend à se connaître, on se laisse moins avoir, on se sent moins piégé.
Que ce soit dans mes nouvelles ou dans mes œuvres plastiques, l’angoisse de la liberté et le vertige de la légèreté, ont souvent été représentés par des ailes. Le lâcher prise. Et son contraire, l’assujettissement au regard de l’autre, par exemple, par des serres, des liens ou des chaînes. Parfois les deux symboles existent.
À quoi servent les grandes ailes si on s’agrippe ? Ne vaut-il pas mieux se délester des poids morts et se préparer à utiliser les ailes que nous possédons déjà ?
Entre les deux, j’ai réappris à marcher.

Miami

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20160131_205052 - CopieMiami, capitale du soleil et des oranges où je n’avais jamais mis les pieds avant cette escale vers l’Équateur. Deux autres longues escales s’annoncent. Je suis déjà fatiguée. J’arrive dans un environnement de métal, de verre, de bruit et d’air climatisé. En flânant, je remarque l’architecture impressionnante, la beauté des plafonds et des planchers. Une grande place est accordée à l’art public. Plusieurs installations s’insèrent dans ce décor. Finalement, je suis surprise par un lieu silencieux et chaleureux dans lequel un artiste a pensé à placer de grandes chaises berçantes en bois peint pour le plaisir des passagers épuisés.

Si Miami est à l’image de son aéroport, elle deviendra sans doute un point chaud pour les groupes d’artistes à l’instar de  Londres et de New York.

 

Et si on essayait d’être lucide ?

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luciditéLors de l’émission Banc public diffusée le 19 janvier 2016, il y était question d’un homme qui a des hallucinations auditives depuis l’âge de 17 ans provoquées par la schizophrénie : Richard Breton. On y apprend comment la thérapie par avatar l’a aidé à mieux les gérer.

Dans le film Un homme d’exception, le personnage de John, joué par Russell Crowe, est schizophrène et William est issu de son imagination. Toutefois, après un séjour à l’hôpital et avec l’aide de sa femme, il réussit à gérer ses hallucinations.

Dans son livre le plus connu, L’homme qui prenait sa femme pour un chapeau, Oliver Sacks, neurologue, y décrit des affections rencontrées chez ses patients. C’est un recueil sur la merveilleuse faculté d’adaptation du cerveau humain.

Les hallucinations continuent d’exister. On enseigne aux patients le détachement i.e. à ne pas croire tout ce que leur tête leur raconte. Ces exemples sont extrêmes. Nous pouvons tous en tirer un bénéfice. Récemment, j’ai vécu une suite d’événements traumatisants qui m’ont rendue très vulnérable aux pensées destructrices. L’effet de ces pensées destructrices est qu’elles sont suivies d’une trainée qui défigure notre paysage émotionnel. Les conséquences en sont bien connues : incapacité d’agir, inadéquation interpersonnelle, accident, maladie et j’en passe. Puisque notre réalité n’est pas le Réel, en prendre conscience est un acte de lucidité. Je me suis dit que si ces personnes ont réussi à ne pas se laisser envahir par leurs pensées, je devrais pratiquer cette distanciation.

Depuis quelques temps, j’ai l’impression de retrouver ma liberté et… peut-être encore plus.

 

Sortir des rails

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méditationLe réel est souvent difficile à affronter. L’ego a souvent tendance à le compliquer pour contrôler ce qu’il perçoit comme une menace. Au lieu de nous véhiculer avec légèreté à travers la vie avec une pleine conscience, nous traînons de lourds concepts qui ralentissent notre mouvement et deviennent des boulets. Nous devenons imperméables à l’inattendu, aux changements de direction, à l’imprévisible. Les anglophones utilisent une expression qui décrit bien ce phénomène : one mind track. C’est suivre les rails sans pouvoir en dévier.

Je veux faire l’éloge de la dispersion, du détournement et de l’inachèvement. Souvent, en improvisant dans la création de mes œuvres plastiques, je fais une erreur. Cependant, en répétant celle-ci, j’en fais une tehnique qui m’appartient. Autrement dit, je gère mes erreurs au lieu d’en avoir peur. Pourquoi est-ce si différent dans le fonctionnement de la conscience ? L’engrenage de l’ego semble bloquer l’improvisation. Errer, c’est être prêt à accueillir le hasard en prenant le risque de s’égarer. De même, lorsque j’écris de la poésie, je pige dans la langue française comme dans une source de sons, en toute liberté, pour en faire des chants qui me parlent.