La fatigue décisionnelle

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1 ou 0 ? Blanc ou noir ? Oui ou non ? Faire un choix entre deux choses demande une dépense d’énergie. Prendre une décision est une des activités humaines qui demande le plus de vitalité. Lorsqu’il n’y a qu’un seul chemin possible, nous suivons le sentier avec la certitude d’être sur la bonne voie. Aussitôt que nous arrivons à un embranchement, le doute s’installe. Le philosophe allemand Odo Marquard souligne cela en rapprochant les mots zwei et Zweifel c’est-à-dire deux et doute. Qu’advient-il lorsque les informations venant d’Internet, de la poste, du téléphone, des journaux, des revues, des experts, de la publicité, des proches, de la famille et j’en passe se multiplie ? L’indécision se profile à l’horizon et finit par nous envahir. Nous faisons face à des centaines de choix. Songeons seulement aux produits de consommation. Une fois la décison prise, à grand renfort de « j’avance et je recule », certains continuent à remettre en question leur achat en le comparant à ceux des autres. C’est cela la fatigue décisionnelle liée à la liberté de choisir. Cela peut nous mener à nous en remettre à la volonté d’autrui. Comme l’esclave qui, après la guerre de Sécession, préférait continuer à servir le maître.
Nous pouvons accéder à toutes les options mais nous devons renoncer à les choisir toutes. Il y a toujours un deuil à assumer. D’après Jean-Paul Sartre l’angoisse est la saisie réflexive de la liberté. Elle en est son ombre.

Nourriture

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Lors d’un voyage au Maroc, il y a déjà plusieurs années, j’ai senti ce que voulait dire avoir une faim. Une faim réelle. Sans nous être renseignés, naïfs que nous étions, tout notre périple se déroulait en plein Ramadan. Au cours de ce mois, les musulmans adultes, ne boivent pas, ne mangent pas et s’abstiennent d’avoir des relations sexuelles,  du lever au coucher du soleil. Nous avions prévu des journées assez rudes avec quelques randonnées dans l’arrière-pays. Évidemment, le soir nous faisions bombance en mangeant tout notre saoul. Au fur et à mesure de notre éloignement des grands centres, il devenait de plus en plus difficile de trouver de la nourriture durant le jour. Toutes les échoppes étant closes pour respecter le Ramadan. Lors d’une excursion particulièrement éprouvante que nous avions dû terminer en char à boeufs, assoiffés et affamés, un enfant nous offrit un plein panier de fruits saisonniers : des limes. J’en goûtai une avec appréhension. Elle était si délicieuse que je me vis transportée au paradis terrestre. La faim avait transformé ce fruit acide en un divin nectar. Depuis ce temps, si j’ai une fringale, je me demande si j’ai envie de mordre dans une pomme ou dans un poivron. Si la réponse est non, je sais que ma faim es fausse. Elle cache d’autres besoins.
Notre relation à la nourriture fournit des indices sur notre façon de vivre. La recherche de réconfort va souvent de pair avec la prudence dans l’ingestion d’un nouvel aliment ou le refus de tout ce qui est inhabituel. À l’autre extrémité, nous avons des personnes qui usent de leur créativité pour imaginer des plats, rechercher des combinaisons inédites ou découvrir de nouvelles saveurs. De la part d’un grand chef ou d’une mère de famille, l’invention d’un mets constitue un acte de créativité sous la bannière de la liberté.

La fuite

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Bondé,
prêt à exploser,
le Lieu sent la sueur neuronale.
Chacun regarde son écran d’ordinateur
comme un objet de culte.
Cérémonial
occulte
d’un concours accusateur.

Cartons, fichiers,
documents, papiers,
archives, dossiers,
pièces justificatives, clichés.
Tambourinez, copiez-collez, imprimez.
Leurre du temps de quémander
des arrhes pour créer.

Pleurez oiseaux de février…

Furtive victime,
dans une dérive ultime,
celui-là s’est esquivé.