Temps morts

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lueurSouvent ce qui est dit n’a aucune importance sauf pour qui appartient la bouche. Le bavard cache son anxiété sous un flot de parole. Forme de divertissement qui lui évite les moments creux. Vivre par procuration est le mode de vie de l’homme moderne. Il n’y a pas si longtemps, lire un magazine dans une salle d’attente était un moyen d’éviter l’inaction. Maintenant, il fuit par en avant entouré d’écrans. L’illusion est devenue omniprésente. Chaque jour a besoin de sa dose de temps morts. Ne serait-ce que pour décrocher et apprécier chaque détail donnant un sens à notre vie. Faire taire le brouhaha mondain et le bavardage incessant de la pensée pour vivre la joie d’exister. Le silence actif et créatif améliore les relations humaines. Héraclite dit : « Ne sachant pas écouter, ils ne savent pas parler. » Le sigophile en fait une philosophie de vie. Cette recherche de la simplicité du non-faire se retrouve dans toute forme d’art et de sagesse. Non pas un néant devant la page blanche mais un moment de contemplation avant d’écrire. Pensons au haïku. Pourquoi vouloir tout dire ?

Les temps morts que fuyons tous à grands coups d’activisme remettent les pendules à l’heure.

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Lorsque la voix devient une voie

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aumD’abord, une anecdote de mon enfance. À l’école primaire, lors du spectacle de fin d’année, chaque classe devait présenter une chanson. Quant à moi, on me donnait l’ordre de faire le poisson. Nous étions plusieurs à bouger les lèvres sans émettre un son. Au lieu de nous former, on nous fermait. Quelques décennies plus tard, j’ai décidé de suivre des ateliers d’exploration de la voix. Dès la première rencontre, l’animatrice m’a conseillé de consulter un otorhino. Il s’est avéré qu’il a dû m’opérer les cordes vocales sous peine de perdre la voix. J’ai annulé les ateliers et passer par trois stades : muet, voix de fausset et voix rauque avant de retrouver mon état normal. Beaucoup plus tard, j’ai participé à une fin de semaine intensive de chant durant laquelle, après des efforts désespérés, j’ai réussi à émettre des notes jamais atteintes.

Depuis, je me contente de moduler le mantra AUM ou OM. Jusqu’à il y a quelques jours, j’ai vraiment compris cette technique en plaçant les mains sur l’endroit désigné pour sentir les vibrations. A fait vibrer la poitrine, O la gorge, U la bouche et M les os du crâne. Une découverte ! Je trouve cela très surprenant et apaisant à la fois. Un nouveau monde vibratoire s’ouvre à moi. Lors d’une promenade en forêt, je touche le tronc d’un arbre et je sens ses vibrations précédées d’un léger vertige. Je me sens illuminée… En arrivant à la maison, je constate que j’ai un début de rhume d’été et que je n’ai sans doute vécu qu’un moment de fièvre. Déception.

Une semaine plus tard, je suis retournée en forêt et j’ai vécu, avec beaucoup moins d’intensité et sans vertige, une expérience similaire. Si c’est un phénomène illusoire, il est merveilleux. Si non, c’est encore mieux. La voix est devenue pour moi une voie vers la vibration poétique.

Lorsque le temps est une monnaie d’échange

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sablierImaginez un monde où chaque être humain porte une montre numérique intégrée dans la peau de l’avant-bras. Les chiffres du temps qui s’écoule sont toujours visibles en vert fluo. Vous naissez avec un temps de vie se terminant avec votre mort naturelle. L’argent c’est du temps au sens littéral. Dans notre monde, après le troc, nous échangeons notre temps de travail contre de l’argent. Mais là-bas, vous travaillez et on vous donne du temps qui apparaît sur votre montre. Vous passer à un poste de péage sur l’autoroute, vous faite l’épicerie ou vous prenez un verre dans un bar, on vous débite des minutes, des heures, des années… Bien sûr, les riches à craquer n’ont pas de problèmes. Il y a aussi les voleurs de temps. S’ils vident votre montre, vous mourez sur le champ. Vous pouvez aussi en donner à quelqu’un qui en a besoin. Si vous arrivez trop tard, il meure. Si vous pouvez vous approprier le temps des autres, vous pouvez avoir l’air de 25 ans et en avoir 109 en temps réel. La monnaie d’échange est une question de vie ou de mort. Existent aussi les banques temporelles, les usuriers, le Robin des Bois du temps qui peut vous donner 24 heures. Ici, vivre un jour à la fois est plus qu’une expression.

Cela n’est qu’une facette de ce film de Sci-Fi In Time que je considère comme une réflexion magnifique sur le sens du temps et de l’argent. Quand un autre vous lègue un siècle parce qu’il en a assez de vivre et qu’il vous dit de bien l’utiliser, cela prend tout son sens. Ici, personne ne peut encore nous voler notre vie, à moins de nous tuer. Notre temps nous appartient. Même sans le sou, il nous reste notre temps. Ne disons-nous pas que donner de son temps est le plus humain des actes de générosité ?

Trop c’est comme pas assez

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motscroisésVoici quelques affirmations qui sont acceptées comme véridiques dans nos sociétés occidentales : plus on a de choix, plus on a de liberté ; plus on a de liberté, plus on est heureux ; la publicité nous bombarde de slogans comme « Venez acheter chez nous car nous vous offrons plus de choix ! » sous-entendu, vous nagerez dans le bonheur.

Avez-vous essayé d’acheter un téléphone cellulaire qui permet seulement de faire des appels ? Impossible ! Il y a un nombre incalculable de modèles qui offrent une pléthore de fonctions et d’applications. Et cela sans compter que vous devrez choisir votre fournisseur. Cela peut peut paralyser temporairement votre capacité de choisir. Sauf si vous savez exactement ce que vous voulez. J’ai déjà parlé du deuil que nous faisons de toutes les autres options lorsque nous prenons une décision. Plus il y en a, plus l’incertitude s’installe. Ai-je fais le bon choix ? Vais-je le regretter ? Est-ce vraiment cela le bonheur ?

Récemment, à l’épicerie, un consommateur était ébahi devant plus de 175 sortes de vinaigrette. Quant à moi, je ne savais pas que maintenant nous avons accès à plus de 40 dentifrices différents. Ces petites décisions de la vie courante ne portent pas trop à conséquence. Qu’en est-il lorsque, malade, nous allons consulter un médecin qui, au lieu d’utiliser son expertise, nous remet le choix du  traitement entre les mains ? Nous avons une vision partielle de la panoplie de traitements. Cela crée une angoisse qui n’améliore pas l’état du malade. Le cerveau n’en peut plus. Il va au plus simple i.e. qu’il se met en mode automatique. Il prend une décision, pas nécessairement la plus adéquate, et ensuite il s’invente une raison pour la justifier. On appelle cela la cécité du choix.

Pour en savoir plus, je vous conseille la lecture de Le paradoxe du choix : comment la culture de l’abondance éloigne du bonheur de Barry Schwartz.

Voyager en restant sur place

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JaponLors d’un voyage au Japon au printemps 2013, j’ai été fascinée par l’importance que prenait les arbres en fleurs dans le coeur des Japonais. Cette arrivée revêt une importance capitale. À chaque jour, aux actualités, progression de la floraison à travers le pays est décrite. Plusieurs prennent des vacances de façon à pouvoir suivre cette beauté.

De retour au Québec, je prends conscience que notre rafale fleurie, reçue sans tambour ni trompette année après années, avec ses orgies de couleurs et d’odeurs est aussi enivrante que dans le pays nippon. Pour vous en convaincre, visionnez le diaporama : La rafale fleurie.

Peut-on changer de vie ?

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mystèreMaladie. accident grave, rupture, héritage ou gros lot de Loto-Québec, voilà des imprévus qui peuvent ouvrir une porte à un changement de vie. Peut-être pas. Ça dépend de notre faculté à changer d’attitude. Il y a plusieurs années, une première convalescence m’a permis de transformer ma quête en accueil. Ce fut un point tournant dans l’écoulement de mes jours et surtout de mes nuits peuplées d’épisodes insomniaques. Le temps passait dans la lenteur et la paix. Le monde extérieur me semblait s’éloigner avec son agitation. Tout passait par le corps. Mises entre parenthèses de mon travail, du ski, du vélo et des longues randonnées jusqu’au tremblement des jambes. Puis, la guérison arriva. Ce fut l’occasion de donner plus d’ampleur à ma carrière artistique, qui, jusque là, se jumelait à un emploi à temps plein dans le monde de l’éducation. Je ne pouvais plus cumuler les deux.  Mon entreprise, l’Atelier Papier d’ART, devint ma principale activité. Une brèche s’ouvrait dans mon emploi du temps. Je devins intervenante en situation d’urgence, je repris mes activités sportives avec plus de fougue et j’augmentai la fréquence de mes escapades vers d’autres cieux.

Et voilà que ce coup du sort récidive. Cette fois, la mise entre parenthèses sera définitive. Je réoriente encore ma vie. Un beau matin, je prends conscience que la  responsabilité de ce qui m’arrive s’est muée en réceptivité. Ce qui consiste à être prête à saisir les opportunités qui en découlent et toute la nouveauté qui s’y rattache. Pour le moment je laisse le corps me guider. C’est une période de EMC. Une rupture dans l’histoire de mon identité. Se pointe déjà un autre sens de l’existence. Je n’ai pas besoin de disparaître sans laisser de traces pour refaire ma vie ailleurs. Ma principale liberté se trouve ici dans une plage de temps solitaire que je me réserve pour reprendre mon souffle.

La disparition du Moi

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lemoiNormalement, nous nous trouvons dans notre corps mais il arrive que nous soyons ailleurs. Par exemple, durant notre sommeil, lorsque nous sommes dans le coma, sous anesthésie générale,en  choc post-traumatique ou en état d’amnésie. Le Moi se fait disparaître. Nous avons des moyens d’évasion moins violents comme les compulsions au jeu, à l’alcool, au téléphone cellulaire, à la surconsommation qui, toutefois, demandent une coopération de notre part dans leur répétition et le temps alloué. En fait, toute passion qui nous met en retrait du monde réel peut devenir une évasion de la lourdeur de notre vie quotidienne : lecture, écriture, voyage, rêverie, méditation et autres activités acceptables socialement.

Plus étrange encore est le cas des personnalités multiples. Le Moi se fragmente en plusieurs personnalités qui prennent chacune le contrôle. Rien ne les relie entre elles. Le sujet ne sait pas qu’il en  est le metteur en scène. Le Moi a ses limites et il devient fatigué de lui-même, du flux incessant de ses idées, du fardeau imposé par l’environnement et la proximité des autres. Après tout, si l’Univers lui-même peut disparaître, le Moi le peut aussi.

Pour en savoir plus, je vous conseille la lecture de Disparaître de soi, de André Breton.

 

 

Point de bascule

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lueurIl y a quelques décennies, lors d’une sortie avec le Club des astronomes amateurs de ma ville, j’ai vu, à l’aide d’un télescope l’amas globulaire M13 et Jupiter avec ses satellites galiléens. J’ai éprouvé un sentiment d’ouverture et d’appartenance à l’Univers. Je suis devenu accro à l’observation du ciel la nuit. J’ai eu la connaissance intuitive que la matière constituait les limites de l’illimité. Mon modèle du monde venait de basculer. Une enfant face au mystère. Ce souvenir demeure à l’arrière plan de mes cogitations.

Dernièrement, la découverte du boson de Higgs a suscité un autre bouleversement. Nous habitons un « Univers possiblement instable. Il pourrait disparaître n’importe quand » dira le physicien Yves Sirois. Et nous, les humains, nous cherchons la stabilité en sachant que le futur est toujours incertain. Une tâche impossible qui suscite un vacarme intérieur qu’on peut transformer en silence par la prise de conscience de notre véritable nature. L’idée que science et philosophie semblent converger me rassure. Avec Héraclite je dirais : « On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ».

« La vraie affaire »

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1 et 0Que nous parlions de recettes de cuisine, de méthodologie du travail intellectuel, de techniques de psychothérapie ou des étapes de la méditation, souvent, l’essentiel est tu. L’ingrédient principal est caché.

Il y a quelques années, j’ai rencontré un homme à qui j’ai enseigné la programmation au secondaire. Je m’en souvenais très bien. C’était une matière facultative. Mais un choix qu’il n’assumait aucunement. Il s’amusait et ne produisait rien malgré une grande capacité de compréhension et de créativité. Après de multiples tentatives pédagogiques –notes dans l’agenda, cours de rattrapage, remontrances, valorisation, apprentissage par les pairs–   sans succès, je lui ai finalement dit quelque chose comme : « D’accord ! Tu ne veux pas apprendre, alors à partir de maintenant je cesse d’essayer de t’aider. Je te rends entièrement responsable de ta réussite. Il n’y aura aucune sanction. Tu peux t’amuser durant toutes les périodes où tu te trouves dans mon cours. C’est toi qui décides si tu veux un échec ou un succès. »

Il ne se rappelait pas de la matière. Toutefois, ce que je lui avais dit a changé son comportement. Il m’a raconté avoir été sous le choc car personne ne lui avait jamais parlé de responsabilité. Il a découvert qu’il pouvait donner un sens à son choix. Et il a commencé à remettre ses créations à temps. Apparemment, « la vraie affaire » a fonctionné comme un déclencheur.

Prends soin de toi !

le bonheur.JPGUn sinistre est suivi d’un rétablissement, un effondrement d’une reconstruction et une maladie ou un accident d’une récupération. C’est presque un réflexe de dire à une personne  qui vit une période difficile : « Prends soin de toi ! » Cela se traduit par de la douceur et du respect envers soi-même. Comme si on s’occupait d’un ami. Ça ne fait pas partie de notre mode de vie. C’est souvent considéré comme de l’égoïsme. Bien souvent la personne qui le fait peut ressentir une forme de culpabilité. Pratiquer des activités récupératrices après un tsunami physique ou émotionnel est une façon d’être bon. Il ne s’agit pas de faire du jogging ou de s’entraîner pour un marathon. Nous connaissons tous des états facilitateurs de guérison : la détente, la méditation, la marche lente, la farniente, la convalescence. Pensons à Alexandre le Bienheureux. Si nous ne pouvons pas échapper à la douleur, nous avons du pouvoir sur la détresse qu’elle entraîne.

De petits gestes aussi peuvent donner un répit à nos inquiétudes. J’ai toujours aimé boire un café chaud. Il y a déjà plusieurs années, j’ai visionné un film dans lequel un des protagonistes, un ange descendu sur terre pour s’incarner, y réussit après maintes péripéties. Comment le savons nous ? En plein hiver, dehors, il tient une tasse de café entre ses mains et sent sa chaleur. Première sensation charnelle de l’ange devenu humain. Et son visage resplendit. FIN. Depuis lors, j’ai ajouté la chaleur à l’arôme et au goût du café. Cela me donne un accès instantané au système sensoriel, stoppant momentanément le flot intarissable des pensées parasitaires.