Acceptation

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encaustiqueDans la vie quotidienne les choix et les possibilités sont multiples. Et les conséquences sont illimitées. Pensons à l’effet papillon associé à la théorie du chaos. Un battement d’aile de papillon au Brésil peut-il déclencher une tornade au Texas ? Pas étonnant que  l’incertitude se faufile souvent  devant cet étalage de choix.  Une peur des conséquences s’installe au fond de notre paysage mental. Seul en haut d’une montagne, c’est facile. Tout semble clair et les gestes à poser vont dans l’ordre des choses et les décisions dans le sens du lâcher prise. C’est l’état méditatif. La nature nous aide à y parvenir. Même les bruits constituent des mélodies : le vent, le ruisseau, la cascade. Et les mélodies se changent en silence ouvert sur notre espace intérieur. Le dehors et le dedans se rejoignent pour s’unir. Nous sommes attentifs aux perceptions et sensibles à la beauté. Nous voyons avec des yeux neufs sans interpréter.

Et voilà que de retour dans la frénésie de la vie en société, les certitudes se diluent. Nous redevenons divisés. Les pensées et les émotions font des bonds. J’ai eu l’occasion de séjourner dans des monastères zen. Même phénomène. Il ne s’agit pas de vivre en ermite.  Au contraire ! Le défi est de demeurer centré et pleinement soi-même en présence des activités humaines. Acceptons ce mouvement  perpétuel entre certitude et incertitude comme faisant partie de la condition humaine.

LA question

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encaustiqueQu’y avait-il avant le Big Bang ? À mon avis, le Big Bounce n’est pas une réponse valable. C’est tourner en rond. Qu’y avait-il avant le Big Bounce ? J’ai une admiration sans borne pour les esprits scientifiques qui essaient de résoudre ce mystère.

Toutefois, je me doute que nous n’avons pas encore un cerveau développé suffisamment pour appréhender la réponse. Par contre, nous savons intuitivement que le passé et le futur ne pouvaient exister. Nous en revenons donc à la puissance du présent. Nous avons bâti une illusion : le temps. C’est utile pour la vie collective, les RDV, le travail, la planification, les transports et un tas d’autres activités considérées comme essentielles.  Pour retrouver la liberté perdue, nous savons que la clé est le moment présent. Notre plein potentiel se trouve dans l’instant du choix. Par exemple, dans Malaise dans la Civilisation, Freud observe que dès l’invention de la hache l’homme a égaré la liberté de ne pas s’en servir. De même pour l’invention du temps lorsqu’il nous pourrit la vie quotidienne.

L’assujettissement au temps et à la compulsion de l’accomplissement individuel nous fait manquer l’occasion de vivre une autre existence à chaque intervalle infinitésimal que nous passons dans le cosmos.

Terrible sentier

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sentierC’est un sentier qui serpente à travers les arbres dénudés en hiver. Noir sur blanc.  J’ai l’impression de le marcher depuis toujours. On l’appelle le Petit sentier car il est parallèle, à travers bois, au chemin principal suivi par la majorité. Après une convalescence recluse dans la maison, je décide que ma santé mentale nécessite une sortie. Je m’arme de mes deux cannes de marche, de mes crampons et de mon courage. Me voilà dans mon élément.

Une amie m’a conseillée de faire le tour du bloc i.e. du pâté de maisons. Ça ne me convient pas du tout. Les amateurs de nature me comprendront.

Donc, de peine et de misère, je réussis quand même à clopiner à peu près le quart de la distance totale que je parcours en vingt minutes et cela en une heure. Sur mon retour, je rencontre quelques chevreuils, bien sûr, des dizaines d’écureuils et de mésanges à tête noire. Une silhouette masculine se dessine et s’avance vers moi. Je me tasse, par politesse, pour le laisse passer sur ce chemin étroit. Il me regarde et me dit cette phrase éculée que j’ai entendue mille fois au cours de ma vie : « Respirez par le nez ». Dans un éclair de lucidité, j’en ai enfin compris le sens. L’ego est très fort, vous le savez sans doute. Son existence tient au temps. Dans mon état, je m’en soucie moins. Du temps.

En effet, autour de nous, durant notre conversation à bâton rompue, autour de nous les gens s’affairent. Ceux qui veulent maintenir la forme rognent sur leur heure de lunch en joggant, les nouvelles mamans poussent leur landau avec bébé au pas de course, les mémés et les pépés font leur exercices physiques recommandés. Autrement dit, tous coursent contre la montre. Malheureusement, le temps est  immuable et immobile. La course n’a pas lieu d’être. Cet homme, rencontré sur ce sentier, est devenu, l’espace du temps présent, un maître. Un maître n’est pas quelqu’un qui enseigne. Il est celui qui vit.

 

 

Empiètement

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sablierVoici une histoire d’empiètement de terrain.  Au début, la confiance règne.  Puis petit à petit, de façon furtive et imperceptible les nouveaux voisins envahissent votre bout de terre. Votre aire de liberté diminue. Vous voilà confiné dans un terrain de jeu de plus en plus restreint. Il s’en suit une multitude de procédures, formulaires, procès, discorde, stress et j’en passe. Cela aurait pu être évité avec un minimum de vigilance dès le départ.

J’ai pensé faire un rapprochement avec notre propension à meubler nos heures de liberté, pourtant déjà maigres, avec des obligations qui finissent aussi par nous pourrir la vie. Changer de voiture, de maison, de téléviseur, d’ordinateur, augmenter les assurances, multiplier les abonnements, voyager plus, maximiser les vacances, être heureux, oui, vous avez bien lu, c’est un devoir de nos jours,  suivre la mode, avoir raison, devenir meilleur, augmenter le revenu, être en forme, faire de l’exercice, avoir des loisirs organisés, donner naissance à des enfants et empiéter aussi sur leurs jours et sur leurs nuits : tout cela est lié au gavage consumériste. Cela déteint sur nos relations sociales. Certains en colorent même leur vie amoureuse. Ici, la vigilance a une alliée sûre : la  paresse !

Hélas ! Nous ne sommes pas des victimes, nous sommes des complices…

Temps et langage

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Présentement, je vis une situation qui me demande de sortir du déni, d’accepter le changement et de m’y adapter. Le passé m’apparaît comme un poids lourd. C’est facile de penser que les périodes tristes deviennent une chaîne à la longue. Au moment du renoncement, les réussites, les bons coups et les accomplissements le deviennent paradoxalement aussi. La femme de Loth regarde en arrière, et devient une colonne de sel. Une indication pour vivre dans la présence au monde.

Le sable s’écoule. les aiguilles tournent ou les deux point clignotent. C’est ce mouvement qui nous donne l’impression que le temps passe. Comme le disait Ken Bruen : « En réalité, le temps ne passe pas. C’est nous qui passons. » Nous n’avons qu’à regarder des photos de notre visage à différents âges… ou seulement notre reflet dans le miroir. Le langage n’est pas neutre. Il influence nos pensées.

C’est une drogue très puissante. On n’a qu’a se rappeler le duo placebo et nocebo. L’expression, le temps passe, nous fait croire qu’il y a un passé, un présent et un futur que nous voyons comme trois moments  sur lesquels nous avons du pouvoir. Certains s’accrochent à leur succès passé et pleurent sur leur pertes actuelles. D’autres culpabilisent sur leurs erreurs. Quant au futur, certains passent leur vie à s’y préparer sans jamais passer à l’action tandis que d’autres le craignent, ce qui les paralyse.

Nous oublions que le seul instant sur lequel nous pouvons être là, c’est maintenant. Bien sûr, le passé laisse des traces et le futur nous aiguille. Le langage place ces trois facettes dans une vision intégrale. Et l’esprit humain aussi. Nous confondons le temps avec les événements qui s’y déroulent. Cependant, Einstein disait que le Maintenant possède quelque chose d’essentiel que la science ne peut appréhender. C’est notre seul intervalle de liberté.

Crac !

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lueurCrac ! Une blessure à la cheville. Déchirement inattendu au début d’un voyage. Par la force des choses, une immobilité s’impose assorti d’un poignant sentiment de perte de liberté. Loin de chez moi et privée de ma mobilité habituelle je vis dans l’attente de la guérison. Qui tarde à poindre. Les activités prévues tombent une à une. Je prends conscience que je chéris mon agir comme un trésor. Soudain, je capitule. Mon esprit cesse de vouloir retourner vers une condition de vie inexistante pour le moment. J’accepte cet abandon forcé. Loin du monde réel des relevés bancaires, des visites obligatoires, des pourriels, des convocations inutiles, des combats légitimes qui se transforment en sales petits conflits, je jouis de mon état. Je me laisse porter par le vivant.

De retour, j’avais changé et je le sentais. Comme devant une porte close depuis des lustres, si vous décidiez de l’entrouvrir, ne serait-ce que d’un mince filet et que vous y jetiez un oeil, vous ne pourriez plus jamais oublier ce  que vous y avez aperçu. Un pinceau de lumière apparaît. Je suis encore en convalescence. L’attente pour moi n’est plus synonyme de passivité mais d’apaisement. Elle me permet d’être à l’écoute de mon for intérieur plutôt que de me perdre dans le forum extérieur. Sommes-nous vraiment obligé de subir un crac pour atteindre cet état ?

 

Quand le rideau se ferme

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rideauDepuis quelques temps, elle semble vieillir plus vite. Sa mémoire la laisse tomber plus souvent, certains souvenirs s’émoussent tandis que d’autres s’incrustent jusqu’à devenir une litanie répétitive, un baume incantatoire.  Les moments de répit, plus longs et plus nombreux, lui laissent tout le loisir de prendre le temps de vieillir. La mélancolie, comme lorsque le fond de l’air est frais, sous-tend sa vie quotidienne. Que l’agitation et la précipitation cessent, sa condition mortelle refait surface. Comme pour nous tous. C’est universel. Les règles de la nature s’appliquent à nous. Mais il vient un temps où la fuite par en avant dans l’activité est impossible. Entre le rêve et le cauchemar, ces moments creux servent de levier méditatif pour toucher furtivement l’infini. Avant la fermeture du rideau.

 

La solitude, un art perdu

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soloCertains événements de ma petite enfance ont fait de moi une solitaire. Malédiction ou bénédiction ?  Entre autres, lors d’un cours de danse auquel mes parents m’avaient inscrite, en milieu de session, je me souviens d’une bribe d’expérience de pensée extraordinaire. En les voyant pratiquer un enchaînement de mouvements que j’ignorais, l’idée m’est venue sous forme de questions : les autres pensent-ils comme moi, la même chose et en même temps ?  Je ne comprenais pas comment ils connaissaient toutes ces choses que j’ignorais. Je me suis sentie privée de quelque chose ! Comment faisaient-ils pour savoir sur quel pied danser ? Je me sentais différente et non connectée aux autres. Je me suis donc assise au milieu de la ronde, immobile, les yeux fermés.  De perdue, je me suis trouvée. Évidemment, c’est devenu un sujet de plaisanterie au sein de ma famille. J’avais beau m’expliquer, mes mots étaient traduits dans leur langage. Un acte de trahison de plus. J’ai compris que je n’appartenais à personne et que cette structure familiale m’était imposée.
Donc, je les évitais car je me sentais souvent en déséquilibre en leur présence. Je perdais mes moyens. Je ne restais pas jointe à moi-même. Comment, dans ces conditions, prendre du plaisir à rester en liens avec eux ou avec les autres ? Je me retirais pour me sentir en paix avec moi. Lorsque je débarque dans un pays inconnu, c’est-à-dire dont je ne connais pas bien la langue ni les codes de vie, la soumission à des rôles préétablis s’allège.  Et cela donne un sens à mes voyages et à mes escapades en solo. Il en ressort un sentiment de liberté et d’authenticité. D’accidentelle, la solitude est devenue une alliée permanente, nécessaire et fidèle. D’autant plus qu’elle est vitale pour n’importe qui aspirant  à l’autonomie. Comme la révolte, qui est aussi une manière de sortir d’une structure aliénante. Je pense que plusieurs problèmes de dépendance sont reliés à la surimposition de règles et d’occupation du temps que notre société nous oblige à respecter sans possibilité de fuite ou de rébellion. Et comment passer sous silence l’éperon formidable pour l’imagination que constitue la solitude ! Pour moi, de malédiction, elle est devenue bénédiction.

La première fois

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sablierL’euphorie est un sentiment de bien-être, de béatitude et de plénitude. Je ne parle pas du terme médical utilisé dans les troubles de l’humeur mais bien du phénomène transitoire associé à la prise de morphine d’après Friedler (1875). Toute sa vie de consommation, le morphinomane recherchera cette euphorie de la première fois. Qu’il s’agisse d’une prise de drogue, d’une descente en ski parfaite, d’une rencontre exceptionnelle ou d’un paysage idyllique, sachez que les sentiments ressentis lors de la première fois ne pourront jamais se reproduire. Nous recherchons aussi ce ressenti de la première fois, sans jamais y parvenir. Pourtant, nous courons toujours après lui. La première fois sert d’ancrage et de moyen d’évasion au même titre que le travail, le déni, l’alcool, la colère, la projection, etc. Cette quête continuelle devient vite un esclavage. Si on focalise sur le passé, cela devient une source d’essais répétitifs sans fin avec la souffrance en prime. La première fois est une construction mentale basée sur le souvenir. Le moment présent deviendra aussi une relique du passé que nous imaginerons. En prendre conscience nous rend plus libre. Libre d’intégrer chaque moment à la manière d’un nouvel ingrédient dans une pâte à gâteau… libre de le vivre intensément.

Sentiment d’impuissance

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le bonheur.JPGDes conflits, il s’en produit tous les jours. Le pire est celui qui a lieu à l’intérieur de nous lorsque deux forces égales s’opposent. Nous devenons prisonniers, paralysés, incapables de choisir et d’agir. Nous nous sentons impuissants. C’est la plus incapacitante des situations pour un être humain. Si cela perdure, une grande souffrance en découle. Je sais que je dois faire quelque chose et les autres me renvoient cette idée de passer à l’action et la renforcent ignorant presque tout du processus. Je me véhicule dans un régime inférieur, je veux changer de vitesse et j’en suis incapable. Ma vie n’a plus de sens parce que je suis privé de moi-même. L’absence d’intérêt marque le début de la dépression.

Pour passer à un régime supérieur, il faut faire un saut qualitatif. Je ne saurais trop vous recommander l’opuscule de Jean François Billeter Un paradigmeL’eau qui bout fait un saut qualitatif pour passer à l’état de vapeur. Durant un certain temps, dans le récipient, il semble ne rien se passer. Puis, tout d’un coup, changement d’état. Ce laps de temps se compare à celui de faire le vide. Jusqu’à temps que la décision et l’action à entreprendre deviennent aisées. Tout d’un coup, une porte s’ouvre et le sentiment de puissance avec sa prise sur le réel revient. S’asseoir, méditer, contempler, se taire, contribuent à laisser agir le corps. Un espace de  solitude est hautement curatif. La quête devient accueil. Le miracle s’accomplit.