Le potinage

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Le commérage est rejeté par la plupart des défenseurs des valeurs morales tandis que d’autres le considèrent comme une activité humaine fondamentale. C’est l’opinion du professeur Emrys Westacott. Il est une source d’information utile sur la vie des autres hors des sentiers officiels et assurant la cohésion sociale. Si, par exemple, vous travaillez dans un bureau et que vous voulez savoir pourquoi untel, très efficace, a perdu son emploi, au profit d’un autre reconnu comme incompétent, les notes de la direction ne vous apprenont rien sur les motifs de cette décision. Seul, le potinage vous viendra en aide en vous permettant de mieux comprendre votre entourage.
D’autres chercheurs l’associent aux relations parasociales.
Par exemple, les journaux à potins sur les célébrités ou sur les personnages d’émissions de télévision donnent aux lecteurs l’impression de participer à quelquechose. Nous sommes devenus de plus en plus solitaires : nous avons moins d’amis, nous participons à moins de groupes et nous passons de moins en moins de temps en famille que la génération précédente. Alors nous compensons avec ce genre de relation à sens unique.  La personne qui en fait l’objet est moins importante que l’échange qui en résulte. Echange qui porte souvent sur des préoccupations sociales ou des enjeux actuels.

Convalescence

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Se frayer un chemin hors du cocon d’un repos forcé, après avoir concentré nos énergies vers une hygiène de vie idéale afin de recouvrer la santé, peut s’avérer une tâche difficile. Une routine s’est installée avec son cortège de repas calculés, d’exercices prescrits et de pauses obligatoires. Il s’ensuit une accoutumance qui mine peu à peu notre goût pour l’aventure et l’imprévu. Pour demeurer à l’abri des confrontations avec le monde extérieur, nous sommes tentés de refermer la brèche nous y menant. Pour mieux dormir, nous cédons à la tentation de limiter le nombre de décisions à prendre. Tentation mortelle.  Réduire les voyages avec le sac à dos, dire non à l’appel de la randonnée, refuser les invitations,  fuir la foule, j’appellerais cela le syndrome de l’ermite. Se complaire uniquement dans la sphère privée.  La tyrannie des petites décisions en pousse certains à s’en remettre une fois pour toutes à la parole d’autrui. On les appelle des croyants. Au sortir d’une convalescence, le désir d’indépendance et de liberté lutte souvent avec la culpabilité.  Culpabilité de manquer à son régime, de sauter un repas ou de faire des abus ce qui nous placerait en situation de retomber malade. Au lieu d’une lutte, si nous en faisons une danse ?

La famille

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On ne choisit pas notre famille. Je désire aujourd’hui encourager ceux qui ont vécu, ou qui vivent, dans un foyer plutôt bagarreur. Il est possible que des parents qui se disputent sans arrêt fassent plus pour la liberté et la créativité de leur progéniture qu’ils ne le croient habituellement. En effet, leur préoccupation principale étant de se quereller, les enfants prennent vite le pli de se débrouiller seuls. Ils ne deviennent pas des personnes qui font tout ce qu’on leur dit de faire. De plus, ils apprennent à faire front commun contre l’injustice et développent leur générosité. Le climat de discorde devient un compost où le rêve d’avoir des amis germe et se déploie souvent en altruisme. Des familles d’une autre sorte se forment, basées sur des intérêts communs, sur des choix, sur l’élargissement de la conscience. Nous ne sommes plus limités par la clôture parentale. La planète est notre territoire.

Le temps

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Dans nos pays développés, pendant que le prix des biens de consommation de masse baisse, celui des services augmente. Pourquoi ? Ils nécessitent un ingrédient précieux : le temps. Cette denrée devient de plus en plus rare et elle se monnaye chèrement. À notre époque, les gens prennent conscience que l’accumulation de biens est chronophage.  Nous devenons responsables de nos possessions. De plus nous perdons du temps à leur entretien, à leur réparation, à leur remplacement, à leur récupération, à leur déchet. Le véritable luxe n’est plus l’achat de produits mais les relations humaines.  Demandons-nous, avant de nous procurer un objet, combien de temps perdrons-nous à travailler pour le payer ? Quelle partie de notre liberté devrons nous sacrifier pour l’obtenir ? Quel désir plus profond abandonnerons-nous ?La flânerie, la conversation, la générosité, la réflexion, la poésie, l’émerveillement ?

Hong Kong et Québec

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Tout le monde connait  roche-papier-ciseaux qui se joue à deux joueurs. Ils choisissent simultanément un des trois coups possibles en le symbolisant avec la main. La roche casse les ciseaux, les ciseaux coupent le papier et le papier enveloppe la roche.
Voici la version ancestrale  de Hong Kong. Là, le pouce représentait le serpent qui avale la  ; l’index, la grenouille qui mange le ver ; et l’auriculaire, le ver qui parasite le serpent. C’est la version qu’en donne Michèle Plomer, auteure québécoise dans le premier tome de sa saga Dragonville dans une écriture qu’on voudrait sans fin tellement c’est un délice.

La chouette et l’alouette

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Je connais deux oiseaux qui vivent ensemble selon des rythmes jour/nuit décalés. Ils n’y peuvent rien. C’est inscrit dans leur corps. Et le destin les a réunit. La vie nocturne de la chouette se déploie lorsque l’alouette rejoint sa couche. Quand à cette dernière, elle s’active dès l’aube pour tendre vers l’immobilité à mesure que le soleil entame sa descente depuis le zénith. C’est un moyen de jouir de la solitude tout en conservant la sécurité d’habiter le même nid. Comme le mariage traditionnel échoue souvent à protéger le couple des aléas, ce décalage permet une forme de liberté où on apprend l’art de faire face aux incertitudes. Quelquefois, ils quittent le nid ensemble pour voyager. Alors là, mystérieusement, leurs cadences s’accordent. Leur mode d’existence les tient sur la frontière entre s’épuiser à consommer des partenaires et demeurer prisonnier. Après l’égalité des sexes, c’est le retour à la différence.

Diogène et Alexandre le Grand

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La procrastination —ne pas confondre avec l’indécision— est une voleuse de liberté en plus d’être chronophage. J’ai connu cette sensation d’avoir les deux pieds dans le ciment frais qui durcit tranquillement. Inexorablement. Et le temps qui dure. Et nous qui passons. Plusieurs anecdotes courent au sujet de la rencontre du mendiant-philosophe et de l’empereur. Ma préférée se situe au moment où Diogène dit à Alexandre que tout le monde meurt au milieu de sa vie. Ils se croisent de nouveau au ciel après leur mort.
Alors Diogène, de nouveau l’empereur et le mendiant se voient.
— C’est vrai. Mais vous ne comprenez pas. Vous ne savez pas qui est l’empereur et qui est le mendiant. J’ai fait ce que j’ai voulu de ma vie et je l’ai vécue en entier. Ce qui n’est pas votre cas. Vous êtes mort au milieu de la vôtre, occupé à conquérir le monde au lieu de jouir de l’existence.

La curiosité

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Il n’est jamais trop tard pour regarder par la fenêtre du vaisseau. La curiosité est le meilleur remède contre la peur. Je me rappelle, lorsque j’étais enfant, je laissais la main de ma mère pour faire quelques pas dans la rue avec un immense plaisir. Puis, je prenais conscience de mon éloignement et je revenais vers elle. La crainte venait après mon action. Quotidiennement, nous croulons sous une avalanche d’informations et pourtant nous demeurons enfermés dans la forteresse de notre spécialisation. Certains l’appelle leur zone de confort. Avons-nous abandonné notre liberté de connaître ? de percevoir l’univers comme un tout ? Tout comme l’évitement amène une diminution d’adrénaline, l’affrontement en active la production. Et justement, la curiosité nous permet de sortir de notre sphère pour explorer et affronter l’espace. Seul.

Sourire jaune

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Ce sourire. Toujours ce sourire. Outre le fait que sa vie privée soit au congélateur, sourire pour celle-là signifie avoir l’air professionnel. Elle le porte comme une armure molle avec son tailleur noir. Porter du noir donne de la crédibilité. Jamais rien de gratuit. Elle ne croit pas à la gratuité. Faire bonne impression à tout prix. Déplaire est son pire cauchemar et celui de la majorité des gens de notre époque.
« On n’est pas des p’tits robots » lui dirait ma mère  qui sourit parce qu’elle a conscience d’être heureuse. Elle lève le voile et nous montre sa vraie nature, celle de l’être vivant dont les lèvres s’étirent en méditant.