Éveil

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sablierPlusieurs événements peuvent induire une expérience d’éveil. Ce peut être une maladie grave, un accident, un arrêt de travail forcé, un changement de résidence ou la perte d’un être cher.

Notre naissance et notre mort sont des certitudes. Un avant et un après. Que se passe-t-il entre ces deux moments ? Et bien, il y a la vie. Lorsqu’il y a une prise de conscience que l’on est mortel, nous parlons d’une expérience d’éveil. C’est une incitation à mieux aimer ce qui nous est donné en abandonnant la futilité pour l’authenticité. Autrement dit, en sortant d’un certain d’endormissement personnel ou collectif.

Il y a une quinzaine d’années de cela, durant trois jours, j’ai cru que j’étais atteinte d’une maladie mortelle. Après ce temps d’angoisse et de peur, j’ai pris conscience que nous sommes tous atteints d’une maladie, mortelle à plus ou moins brève échéance. Cette angoisse, latente jusque là, est sortie au grand jour. Je crois qu’elle me limitait dans mes choix.  Depuis lors, je me sens beaucoup plus libre.  Vous n’êtes pas obligée d’en passer par là  pour connaître une vie plus riche. Il s’agit d’accepter la mort afin de ne pas agoniser avant le temps… C’est choisir la légèreté du dépouillement au lieu de la lourdeur de l’attachement.

Cycle

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rythmeNous vivons dans une nature dont les phénomènes sont cycliques. Pensons aux phases de la lune, aux saisons, à l’alternance jour/nuit, naissance/mort, création/ destruction, au règne grandes civilisations. Toute courbe ascendante est suivie d’une courbe descendante. Notre énergie aussi est tributaire d’une phase haute et d’une phase basse. Pensons au rythme circadien.

C’est inévitable. La tendance de la pensée humaine est de diviser ces temps de vie entre bons et mauvais.  Au lieu de faire de l’espace pour de nouvelles expériences, nous voulons maintenir un état de haute énergie. Certains s’accrochent au succès professionnel, sportif ou social, d’autres à leur beauté ou leur intelligence. Tout ceci se transformera. Rien n’est permanent. Héraclite l’avait bien compris. Lui qui disait que le haut ne diffère pas du bas. C’est faux de croire que la partie ascendante est bonne et son inverse mauvaise. Les deux sont nécessaires et coexistent.

Là où un repos est nécessaire, une compulsion à agir nous anime. Nous ressentons un manque. C’est le passage d’un état à l’autre qui nous semble pénible. Imaginez que vous lisez assis confortablement. Soudain, l’alarme de votre véhicule ou la minuterie de votre cuisinière se déclenche. Un effort est nécessaire pour passer du repos à l’action. Il en est de même pour passer de l’action au repos. À ce titre, l’intelligence du corps vient à notre secours. Si nous refusons de suivre le rythme naturel de notre énergie, des avertissements surgissent : augmentation du stress, malaise, maladie, accident, dépression, tendance suicidaire. Apprenons à accepter ce qui est.

L’espace d’une vie est le même qu’on le passe en chantant ou en pleurant. Proverbe japonais

Capacité insoupçonnée

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JaponLorsque je voyage, je change. Je me sens plus libre, plus heureuse et surtout, plus près de l’émerveillement de l’enfance. Au retour, je souhaite conserver cet état d’esprit afin de jeter un regard neuf sur les choses et les gens de mon quotidien. Peine perdue, cela dure au maximum deux semaines en s’amenuisant au fil des jours. De là, le désir de toujours vouloir repartir.  Cette fois, c’est différent. Je reviens d’un mois en solitaire au Japon. Cela fait plus de six semaines que je suis chez moi. Et cela se poursuit. Comme si un cadenas dont j’avais perdu la clef s’était ouvert.

Ne parlant pas japonais, le langage verbal ne m’a pas été d’un grand secours, j’ai du recourir à l’observation et à l’utilisation des gestes et des tons de voix. Surtout en dehors des sentiers battus. Des engrenages peu sollicités de mon cerveau, situés principalement dans l’hémisphère droit, se sont mis en action. Comme une enfant avant l’acquisition de la langue parlée, j’étais dans un état d’admiration, de contemplation et d’étonnement perpétuel. La différence en est que je ne suis plus en état de survie et de dépendance. Moins de peur, principal frein à la liberté exploratoire. Je peux donc créer des conditions pour revivre ces moments de grâce.

J’ai passé du temps dans cette contrée précieuse de l’univers de mes quatre ans. Et savez-vous quoi ? La vie au pays des merveilles n’est pas si désagréable.

Message

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véloLe corps, cette entité intelligente et pleine d’astuces, nous envoie des messages que nous prenons souvent beaucoup de temps à comprendre. L’émetteur fait son possible. Il a beau répéter, les parasites se mettent de la partie, l’environnement fait du bruit et le receveur a des oeillères.

Il y a deux ans, un peu avant une escapade de 10 jours en vélo, durant mon entrainement, j’ai fait une chute. Obligation d’annuler le voyage. Avec toute la frustration que cela comporte. Six mois d’exercices et de séances de kinésithérapie pour me remettre.

Le printemps dernier, je me suis remise en selle. À mon grand désespoir, j’ai du rebrousser chemin. En mettant mon pied sur la chaussée à l’arrêt, la douleur s’est propagée de la cheville au genou et de ce dernier à la hanche. Mon corps s’est mis à trembler. Je n’ai plus repris le vélo jusqu’à récemment.

Ce matin, j’ai compris. Lors d’une balade,  j’ai déposé ce pied doucement, sans violence, d’une manière assurée. Aucune douleur. Drôle de coincidence, j’ai récemment commencé à faire de même dans ma vie. Enfin, je mets mon pied à terre sans culpabilité, forme de douleur psychologique s’il en est une. Le message a été capté. Ce matin, j’ai compris.

J’ai la mémoire qui flanche…

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mémoireJe pense souvent que plus on vieillit, plus on a de choses à retenir, par le fait même,  plus on a de choses à oublier. De la même façon que pour un enfant de trois ans, un an est le tiers de sa vie, c’est long subjectivement, et que pour sa grand-mère un an passe comme une balle. Les réminiscences tissent l’histoire d’une vie et elles sont fortement teintées de subjectivité. Et que dire des faux souvenirs !

Nous savons que la mémoire s’altère avec le temps. Ce n’est vrai que partiellement. La mémoire dite sémantique connait souvent une légère amélioration. Elle concerne l’ensemble des connaissances acquises durant notre vie. Pour ceux qui continuent d’apprendre, bien sûr.  La mémoire procédurale aussi est presque intacte. C’est celle qui nous sert à faire une boucle, boutonner une chemise ou faire du vélo. Si nous sommes en bonne santé, ces habiletés motrices demeurent à notre service.

Là où le bât blesse, c’est au niveau de la mémoire à court terme, celle qui concerne les données des dernières années. On l’appelle : mémoire épisodique. L’accès à l’information est plus lent et plus ardu. Par exemple, se rappeler le titre d’un livre ou d’un film, mettre un nom sur le visage d’une personne connue, utiliser un mot de passe. Toutefois, les dernières recherches montrent qu’une vie active aide à maintenir cette mémoire fonctionnelle. Brenda Miller, de l’Institut de neurologie de Montréal en a long à dire sur le sujet tout en passant par l’amnésie.

Après tout, s’absorber dans l’instant présent n’est-ce pas cela ressentir pleinement l’expérience du monde ?

Aversion

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canardzenNous connaissons bien le sens de l’expression « dépendance affective » que certains voient comme un état de  consentement mutuel et d’autres comme un état pathologique. Dans tous les cas,  l’union fusionnelle, même occasionnelle, devient rarement un facteur d’élargissement de la conscience contrairement à la prise d’autonomie ou de liberté. Nous savons que l’amour est une acceptation totale de l’autre et nous tendons vaille que vaille vers cette forme d’attachement. Une aversion envers  quelqu’un est aussi une forme de dépendance affective. D’ailleurs union et aversion se combinent souvent pour devenir une sorte de danse dans laquelle les deux protagonistes vont et viennent sur fond de souffrance. C’est la création de l’équilibre instable d’une balançoire à bascule provoquant une série d’oscillations destructrices. Il y a augmentation de l’état de tension et de négativité entre les personnes qui peut se manifester sous plusieurs formes allant de la dépression à la tentation suicidaire comme du ressentiment à la colère la plus féroce. Suivons en cela l’exemple des canards qui se font tranquillement chauffer la plume en vivant le moment présent. Sans attachement compulsif, sans préséance de l’égo. De véritables maîtres Zen. Les observer, c’est méditer.

Voir

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encaustiqueQuel soulagement de pouvoir encore utiliser mes yeux ! Après une convalescence interminable (minable et remplie de misérables intermissions), mes nouveaux cristallins sont de maintenant fonctionnels. Hier, une amie art-thérapeute m’a fait dessiner deux autoportraits dans lesquels, c’est compréhensible, mes yeux étaient fermés. Il y a aussi une certaine influence  datant de mes jeunes années d’étude du stoïcisme et de mon admiration pour Marc-Aurèle. Comme d’habitude, nous avons échangé sur la symbolique avec beaucoup d’enthousiasme. Cependant, je suis repartie avec une question sans réponse. Qu’est-ce qui me fait ouvir les yeux ? Ce matin, l’évidence m’est apparue. Comme tous les matins, c’est ce qui me fait sortir de ma torpeur : la curiosité, la lumière, la beauté du monde et la sensation d’en faire partie. Une vision sélective qu’il est de plus en plus facile à maintenir à mesure que nous prenons conscience de notre venue dans l’existence. Un pas de plus vers l’acceptation de tout ce qui est.

Le syndrôme de l’écureuil

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Un écureuil a pris ma cour pour une partie de son territoire. Il déterre mes bulbes d’automne : crocus, jacinthes, tulipes, narcisses, fritillaires, tout y passe. Il les déterre pour les enterrer ailleurs. Il se fait des provisions qu’il oublie la plupart du temps. Je retrouve aussi au printemps des glands, des noisettes et des graines de tournesol qu’il dérobe aux oiseaux. C’est comme un TOC. Il attend et il désire toujours quelque chose. Il n’y peut rien car, l’automne venu, il est programmé pour ça.
Si nous tentons de vivre l’instant présent, nous prenons conscience que c’est très difficile. Comme l’écureuil, nous cherchons presque compulsivement à mettre plus de variété et d’excitation dans notre existence. Le besoin du plus. Ce n’est jamais assez. Je veux. J’ai besoin. Il me faut. Rien n’est jamais satisfaisant. Et pendant que nous participons à cette course effrénée vers le plus, le temps nous file entre les doigts. Le temps de notre vie. Certains ne seront jamais heureux car ils ont perdu la conscience d’être au profit de l’accumulation.

Normose

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Il existe une maladie mentale non répertoriée que j’appellerais normose. Il devient très difficile, lorsque nous en sommes atteints, de trouver le véritable sens de notre vie. Happé par la mode, les biens de consommation, le paraître et surtout l’opinion des autres, le malade s’étourdit afin d’ignorer qu’il est privé de lui-même. Bien entendu, la peur du rejet sous-tend cette culture définie comme la norme. Si le sentiment d’identité est faible, ne pas suivre le courant, être out, diminue douloureusement l’estime de soi. La personne attrape la normose. L’expression tout le monde fait ça devient un leitmotiv qui infiltre tous les domaines de sa vie : la nourriture, les vacances, l’habillement, l’éducation des enfants, le sport, les amis, les amours et que sais-je encore ! Les plaisirs biologiques élémentaires deviennent de plus en plus déconnectés du corps pour se scénariser dans un monde imaginaire renforcé par le monde médiatique et publicitaire qui soutient leur vérité narrative. Ne vivons pas sous influence et assumons notre liberté. Comme disait Socrate, connais-toi toi-même.

Vérité narrative

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Parmi mes multiples observations du genre humain, bien sûr  je m’inclus comme cobaye, il y en a une en particulier qui me fascine. À savoir, l’aptitude de transformer la réalité au moyen des mots. Chacun peut constater, lors de la narration d’un même événement, que les discours des témoins diffèrent. Encore plus s’il s’agit d’une épreuve ou d’une catastrophe.  La recherche de sens nous contraint souvent à maquiller la réalité historique pour éviter une trop grande souffrance. Dès le plus jeune âge, ce moyen de défense est utilisé et vient en seconde place après le déni. De plus, si les méfaits subis viennent de la nature comme une inondation ou la foudre, nous sommes portés à nous tenir beaucoup plus près de la vérité historique que si notre malheur est du à un autre être humain. Que la maison brûle à cause de la foudre ou par la faute d’un ennemi la réaction sera différente. La charge émotive est moins cruelle dans le cas de la nature car nous pouvons y trouver une cause. Et trouver une cause est, pour notre esprit, trouver un sens. Cela répond à la question : pourquoi ? Il arrive aussi qu’une maladie ou une mort soient des opportunités pour réorganiser notre vie. C’est plus difficile si le malheur est arrivé par le biais d’un autre, car le pourquoi n’est jamais clair. Il arrive que des victimes deviennent obsédées par cette question ou assoiffées de vengeance. Alors leur vérité narrative devient de plus en plus éloignée des faits. Leur scénario baigne dans une mer de chimères mais pour eux c’est leur vérité.