Défense de se baigner

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Terrifiée par le soleil
elle se dirige vers la mer.

Putain compatissante.
Une histoire souterraine coule
sous les apparences
enfouie sous l’étroitesse des hanches
d’une vierge.
La fille de plaisir
rit de désespoir.

Pourquoi certains hommes se sentent-ils
obligés de payer
pour faire l’amour ?
Un événement souhaité arrive
on se sent coupable.
Si on se sent heureux
on se sent encore plus coupable.
Alors on paye.

Les pieds dans l’eau salée
un rosaire d’opercules liquides
chuintent sur sa peau.
Elle avance dans la mémoire de l’océan
pour déposer l’empreinte de sa vie.

Immortalité

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J’ose avancer que si l’immortalité nous était donnée, notre vie perdrait son sens. Elle serait ennuyeuse et sans sa saveur. Ce que nous risquons de perdre nous rend plus conscient, plus vibrant au rythme du monde. Le sentiment amoureux est si intense au début parce que il existe une possibilité de perdre l’êtte aimé. Il en est ainsi de la vie. La perspective de la mort est merveilleuse. Plus nous sentons sa présence, plus le sentiment de vivre devient puissant. En logothérapie, la question « Pourquoi ne vous suicidez-vous pas ? » provoque chez le répondant une redécouverte du sens de sa vie. Quant à moi, dans mes moments de déprime, à l’instar de Bandler et Grinder, deux pilliers de la PNL, je regarde par-dessus mon épaule gauche et j’aperçois la Grande Faucheuse. Dès ce moment, tout redevient lumineux. Cette technique est aussi très utile dans les moments d’hésitation face à des décisions à prendre. Rappelons-nous aussi le dicton de Nietzshe : « Vivez dangereusement ». Ce qui ne signifie pas de courir après le danger. Il n’y a aucune raison de le chercher. Il est déjà là. Cessons tout simplement de nous protéger. Abaissons nos barrières. Vivons naturellement et ce sera suffisant. La pensée de la vallée de la mort nous amènera au sommet de la vie. Notre corps n’est pas immortel et c’est tant mieux.

De fil en aiguille…

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Le moulin à coudre roucoule
les mains
poussent la soierie bruissante
les pieds
de Marie-Louise
mon arrière-grand-mère
rythme
la cadence de l’aiguille
pique repique pique repique
les doigts noueux
défroissent le tissu soyeux
le bec de l’oiseau
paire de petits ciseaux dorés
ciselés
coupe le fil
rompt le ronronnement
et le mouvement

devant mes yeux d’enfant
je vois tournoyer
et se déployer
un papillon géant
je regarde
émerveillée
la robe de soie pourpre
atterrir
étalée
Ô ! comme j’ai hâte
de revêtir
cette splendeur tant rêvée

Le paradoxe de la fin

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Je n’aime pas terminer certaines activités comme placer le dernier morceau d’un casse-tête ou lire la dernière page d’un livre. Pour un atterrissage en douceur, j’en commence un autre avant d’arriver à la fin. Il en est parfois ainsi d’un voyage, d’une rencontre ou de la création d’une oeuvre. D’ailleurs, je soupçonne pas mal de gens de vivre la même chose. Ce sont ceux qui accumulent les projets. Il en sera ainsi de mon dernier soufle, sauf que je ne peux pas commencer une autre vie. Le mot fin est une cessation mais aussi un but. Une personne qui n’entrevoit pas la fin d’une situation a une perception déformée du temps. Elle vit  sans but. Pensons au chômage, à la dépression, à l’emprisonnement, à la guerre. Il y a un écoulement du sens de la vie vers un vide existentiel. Je ne saurais trop vous recommander la lecture des livres du  Dr Victor E. Frankl. Contre la piqûre de l’angoisse ou le filet de l’ennui, nous pouvons toujours miser sur la beauté curative de la nature.

L’avarice

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Vous pensez peut-être que l’avarice se limite à retenir son argent ou à vouloir engraisser son magot comme Séraphin. C’est oublier que son contraire est la générosité. Certains psychothérapeutes affirment que c’est le symptôme d’une retenue beaucoup plus importante. Supposons que vous venez de rencontrer quelqu’un dans le but de vous lier d’amour ou d’amitié. C’est votre première sortie au restaurant. L’addition arrive. Vous proposez de la diviser en deux. La personne semble acquiescer. Après examen minutieux des chiffres elle vous donne le montant de votre quote-part en tenant compte du nombre de verres de vin que vous avez ingurgités.  Méfiez-vous ! Se montrer avare d’argent va souvent de pair avec se montrer avare de tendresse, de paroles ou de présence.  Si vous prévoyez une nuit torride, ne soyez pas surpris d’une sexualité codifiée allant de pair avec un manque de spontanéité ou la peur de trop en donner. La crainte de l’intimité peut  se manifester dans un rituel anodin  comme un pliage en règle de vos  vêtements avant les ébats. Au lieu d’être une réunion de deux pièces de tissu avec du fil et une aiguille, on assiste plutôt à un découpage aux ciseaux. Chacun demeure dans sa bulle, isolé. Les petits matins deviennent empreints d’amertume.

Une dispute ?

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La dispute est étroitement liée aux multiples jeux de pouvoir de notre espèce. Son but est rarement de résoudre un problème. Elle contribue plutôt à éloigner l’autre et à éviter d’entrer en relation intime avec lui. Que ce soit entre un vendeur et son client, entre deux amants ou entre un parent et son enfant rappelons-nous que c’est un jeu qui se joue à deux. Les vrais enjeux ne sont jamais cités, les véritables émotions jamais montrées et la vérité est balayée sous le tapis. Lorsque un des protagonistes cesse de participer,  par exemple un professionnel compétent au bureau des plaintes ou un thérapeute payé pour vous écouter, le jeu de pouvoir cesse pour se transformer en résolution de problème. Alors, les accusations et les culpabilisations s’atténuent pour faire place à une prise de responsabilité. Quelquefois, nous amorçons une altercation à la seule fin de recevoir de l’attention. Aussi des personnes battues durant leur enfance en viennent inconsciemment à croire que cette forme de contact est mieux que rien. Il n’est pas rare, dans un couple, de voir les rôles de persécuteur et de victime s’inverser. On assiste alors à une confirmation des croyances négatives de chacun par le partenaire avec leur panoplie d’introjections et de projections. Dans une dispute, nous sommes six entités à interagir c’est-à-dire : X, Y, ce que pense X de Y, ce que Y pense de X, ce que X imagine que Y pense et ce que Y imagine que X pense. Un bouquet de fleurs peut-il arranger ça ?

La maladie du bonheur

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Nous connaissons le trouble bipolaire et la dépression. Que dire de la personne qui est plus heureuse et plus souvent que la moyenne ? Cette propension porte un nom : hyperthymie. Le sujet est habituellement d’humeur radieuse, doué pour la parole, ne doute jamais d’arriver à ses fins, très à l’aise avec tous. Vous pouvez savoir si vous avez un tempérament hyperthymique au moyen d’un test. Depuis des millions d’années, la survie de l’homme dépend des son « réalisme dépressif ». Le mirage du plaisir étant la carotte qui le fait avancer. On suppose aussi que ceux qui en sont atteints ont une perception plus précise de la réalité. Comme nous sommes à peu près sortis de la savane de nos ancêtres, il nous semble plus intéressant de voir le monde sous sa version poétique que sous sa version déprimante. De là, les milliers de livres écrits sur la recherche du bonheur. La personne douée pour celui-ci n’a pas plus besoin de les lire que l’adolescente n’a besoin d’un lifting. Nous ne sommes pas responsables de l’allégresse perpétuelle de nos neurones, par contre l’apprentissage dès le plus jeune âge est un atout. Et surtout la modélisation dans le sens de la programmation neuro-linguistique. Ce qui veut dire : intégrez dans votre entourage immédiat une personne qui nage déjà dans la joie et imitez-la.
Voulons-nous vraiment être heureux ? Nous savons qu’un enfant qui met sa main sur un rond de cuisinière brûlant apprend en une seule fois à ne pas y retourner. En ce sens, le malheur a son utilité. Il contribue à notre survie. De même, nous retenons beaucoup plus longtemps un événement désagréable, une critique négative ou une offense que leur contraire. Une perte est ressentie comme plus importante qu’un gain égal. Donnez un billet de 5$ à quelqu’un, il est probable que ça ne le rendra pas euphorique. S’il l’égare, il vivra un court instant d’anxiété et même de détresse. Si la nature a sélectionné ce genre de réactions, nous pouvons penser que nous en retirons des bénéfices.

L’enfant

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Voici quelques observations qui  permettent d’ébranler certain modèles d’éducation périmés. Le petit ne fait aucune distinction entre je veux, j’aime, je vois ou j’imagine. Dans tous les cas, le fait de penser en images active la libération d’opioïdes endogènes. Donc, du plaisir en perspective. Il ne s’en prive pas et peut dire je veux à tout bout de champ. Ceci est un bon point pour la rêverie à l’âge adulte. De même, il dépense une grande énergie à prendre des décisions. En effet, après avoir choisi un jus d’orange, l’image du jus de pomme demeure. Il souffre alors de ne pas l’avoir demandé et peut y revenir. Nous pensons alors qu’il ne sait pas ce qu’il veut ou qu’il veut tout, tout de suite comme dans la chanson d’Ariane Moffat. Nous faisons souvent des choses similaires en ressentant un choix comme un renoncement à tout le reste. Il s’oppose souvent à notre façon de lui demander quelque chose plus qu’à la demande elle-même. Ne réagissons-nous pas de manière similaire ? Dans la même veine, je ne saurais trop vous recommander la lecture de « J’ai TOUT essayé » d’Isabelle Filliozat illustré de façon humoristique par Anouk Dubois. Vous serez surpris et rassuré tout en suivant le fil de certains comportements.

Creuser sa tombe

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Esseulé
éméché
traînant sa vie
un soir de vendredi
une fille lui sourit
un brin d’amour nocturne
bref comme une notule
et le voilà qui flanche
pouffe
et s’enfarge dans une flaque
plouf
et tombe dans la mare commune
que chacun parfume
sombre lac
devenu chausse-trape

les années se bousculent
derrière les autres les unes

on le retrouve au fond d’une carrière
profession à laquelle il consacre sa vie
lieu où il creuse ses jours et ses nuits.

La paresse

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Ne rien faire ! Que voilà un beau projet… Difficile à réussir. Pourtant, c’est durant ces périodes de farniente, que certains appellent à tort procrastination, que nous consacrons du temps à notre amélioration personnelle. Bien sûr, il y a toujours des milliers de tâches à accomplir mais c’est là justement que se trouve le défi.  que ces moments de flottement entre la poésie et la réalité sont les plus jouissifs. Qu’y a-t-il d’intéressant à ne rien faire si on n’a rien à faire ? Cela se nomme l’ennui. Je parle de ces moments de flottement entre la poésie et la réalité, de ces bulles d’extase volées dans un hamac ou simplement en fermant les yeux. Si vous voulez poursuivre sur ce thème, je vous rappelle l’existence du film Alexandre le bienheureux dans lequel joue l’ineffable Philppe Noiret et la lecture de L’art difficile de ne presque rien faire de Denis Grozdanovitch.